"Être parent, un métier qui s'apprend"

par Pierre Bovo, thérapeute


Le monde des émotions.

 

Les émotions: une partie très importante de notre vie.

Nous parlerons maintenant des émotions: de celles des enfants et des nôtres... Comme vous le verrez, le monde des émotions, qu’on appelle aussi sentiments, n’est pas un monde si mystérieux quand nous sommes bien renseignés sur les phénomènes qu’on y rencontre...

Indissociables de la vie humaine, nos émotions en constituent un aspect fondamental: la couleur de fond sur laquelle se joue notre existence... Sans même savoir comment, nous nous donnons des émotions. Chaque émotion peut se situer à deux pôles opposés, d’agréables à désagréables (joie-tristesse, sécurité-peur, amour-haine, sérénité-culpabilité, etc.).

En plus d’être si importantes au niveau strictement personnel, nos émotions, autant positives que négatives, ont également un effet direct sur la manière dont nous communiquerons avec nos enfants: sur notre manière de nous exprimer et de les écouter. Pensons par exemple aux effets de la colère sur mes relations avec les autres...

Et nous sommes des modèles pour nos enfants qui calquent sur nous leurs façons de réagir émotivement...

Nous avons donc tout intérêt à nous occuper de nos émotions. Heureusement, nous avons les moyens pour le faire et cet article traite précisément de ce sujet.

Nous verrons en quoi consistent les émotions, qu’il s’agisse des nôtres propres ou de celles de nos enfants, d’où elles originent et comment nous y prendre concrètement pour ressentir davantage d’émotions agréables et appropriées et moins d’émotions négatives et non appropriées.

 

Le secret du bonheur...

Il y a une grande nouvelle qui émane des propos que je vous tiens, c’est que nous pouvons agir sur nos émotions et ainsi nous libérer de la déprime, de la tristesse, de l’angoisse, de la culpabilité, de la colère...

Nous ne nous en libérerons jamais complètement mais nous pouvons en faire descendre l’intensité de manière très significative, tout en faisant augmenter la présence des émotions agréables en nous...

 

Qu’est-ce qu’une émotion?

Une émotion ou sentiment signifie: la façon dont nous nous sentons. Tout simplement.

 

Les grandes catégories d’émotions.

Nous avons avantage à bien connaître les noms des sentiments...

Une façon pratique de se remémorer les principales émotions négatives est de faire un acronyme avec la première lettre de chacune des grandes familles d’émotions négatives: Tristesse, Culpabilité, Hostilité, Angoisse, Dévalorisation...

Dans cet ordre, que nous propose Claire Guillemette (Penser clair, vivre heureux, éditions du CIM), ces lettres forment le mot TCHAD, nom d’un pays d’Afrique.

 

Les noms des émotions.

Toutes les émotions portent plusieurs noms qui donnent des nuances au sens général comme l’intensité du sentiment ou le contexte de l’émotion. Par exemple, la peur s’appelle: nervosité, souci, crainte, inquiétude, peur, angoisse, panique ou phobies diverses, etc..

 

Émotions positives - émotions négatives.

Chaque émotion va d’un pôle positif à un pôle négatif.

Ainsi la joie, émotion positive, correspond à la tristesse, émotion négative, la sérénité correspond à la culpabilité, l’amour à l’hostilité, la fierté à la honte, le calme à l’angoisse, la perception constructive de soi à la dévalorisation de soi, etc. (Voir la figure 1).

Figure 1.

Émotions positives et négatives.

1. Tristesse..............

2. Culpabilité............

3. Hostilité................

4. Honte...................

5. Angoisse..............

6. Dévalorisation.......

7. Découragement....

8. Désespoir.............

........................Joie

.................Sérénité

....................Amour

.....................Fierté

....................Calme

.Saine vision de soi

......Encouragement

....................Espoir

Toute émotion négative a sa contrepartie positive.

 

 

Le thermomètre des émotions.

Nous pouvons ressentir toutes ou plusieurs de ces émotions, simultanément ou en alternance, selon des intensités variables. Chaque émotion varie en intensité, est plus forte ou moins forte, "monte et descend" comme la température et peut aller de faible à intense.

Ainsi, nous pouvons ressentir une petite joie, une joie moyenne ou une joie immense... Ou encore nous pouvons nous sentir un peu, moyennement ou très triste. Comme nous pouvons ressentir un soupçon d’angoisse ou une angoisse "paralysante".

Chacun d’entre nous se prépare, se sert et consomme son propre "cocktail personnalisé" d’émotions, positives et négatives...

 

Lire les émotions et leur intensité pour bien communiquer...

Nous constatons que c’est en "lisant" attentivement les émotions d’une personne et leur intensité que nous pouvons établir une bonne communication avec elle et bien la suivre. Les émotions sont le révélateur par excellence de ce qu’elle pense et "vit" actuellement, de ce qui est actuellement important pour elle. Ceci est également vrai pour soi-même. Nos émotions nous parleront de nous et de ce qui se passe d’important pour nous dans notre vie.

Etre éveillé aux émotions de la personne avec laquelle nous communiquons est donc une composante essentielle d’une communication efficace. Un pas significatif dans cette direction pourra être de vous conscientiser à l’expression et à la détection des émotions. Je vous recommande en conséquence de vous y attarder avec soin et de devenir réceptif aux messages non verbaux et aux intonations qui révèlent les émotions. L’habitude de reconnaître efficacement les émotions se développe facilement.

Voici un exercice que je vous propose. Essayez de déterminer quelle émotion semble vivre un acteur de télévision, et à quelle intensité entre 0 et 10, en ayant enlevé le son. Faites le même exercice avec des inconnus, par exemple au restaurant.

 

"D’où viennent nos émotions. Qu’est-ce qui les cause en nous?"

En comprenant l’origine de nos émotions, nous verrons aussi comment nous pouvons agir sur elles..

En y réfléchissant vite, nous serions tentés de dire que les émotions proviennent des événements qui se produisent autour de nous. Par exemple, nous sommes portés à croire qu’une "mauvaise" nouvelle "attriste" la personne alors qu’une "bonne" la "réjouit"...

Cela semble cohérent et vrai à première vue. Mais est-ce bien le cas, est-il bien réaliste de penser cela? Et où sont les preuves de ce que j’avance?

En fait, nous verrons que ce sont nos pensées qui nous procurent nos émotions et non les événements. Ainsi, une soleil radieux ne réjouit ou n’attriste pas, c’est ce qu’on en pense qui nous donne ces émotions. Le cultivateur qui pense: "Je suis en train perdre ma récolte. Quelle catastrophe..." ressentira de l’anxiété. Et le vacancier qui pense: "Quel beau soleil pour aller nous baigner" ressentira de la joie. On voit que c’est la pensée à l’occasion du soleil qui cause l’émotion et non le soleil....

Pour détailler ce point, je me servirai du modèle ABC.

 

Le modèle ABC: événement-pensée-émotion.

Je vous explique. (A) représente l’événement. (B), la pensée. Et (C), l’émotion.

Nos émotions (C) proviennent de nos pensées (B) à l’occasion des événements (A) qui se produisent. (On désigne aussi les pensées par les mots: façons de voir, idées, scénarios, imaginations, croyances, interprétations, déductions, conclusions, etc.)

Cette notion est primordiale: nous créons nos émotions par nos propres pensées. Et il s’agit d’une bonne nouvelle! Parce que si c’est nous-mêmes qui nous procurons nos émotions désagréables, c’est donc que nous pouvons aussi nous donner des émotions agréables...

Nous pourrons constater que notre manière actuelle de penser est, comme une langue, largement apprise durant notre vie et tout spécialement notre petite enfance, et que nous pouvons à tout âge apprendre une nouvelle langue, c’est-à-dire de nouvelles façons de penser, de ressentir et d’agir.

 

Le lien événement-pensée-émotion.

Examinons à nouveau ce phénomène avec un autre exemple et en en classant les éléments selon le modèle ABC. Et essayons de mettre en lumière le rôle de nos pensées dans la création de nos émotions.

Événement-(A): je trouve la chambre de mon enfant de 5 ans dans un état avancé de désordre... Je ressens de la déception-(C). D’où vient cette émotion-(C)? L’on serait porté à dire: de l’événement-(A) chambre à l’envers. Après tout si la chambre était en ordre, je ne serais pas déçu... Mais est-ce bien vrai? L’événement est-il la cause de mon émotion?

Continuons l’histoire. Comme je sors de sa chambre, je le vois qui me regarde, tout rayonnant, et qui me dit, avec un sourire amusé et un regard complice, "...qu’il m’avait joué un bon tour, en voulant me faire croire que sa chambre avait été dévalisée par un voleur..."

Évidemment, mon émotion (C) change instantanément: je ne suis plus déçu du tout. Je suis moi aussi amusé, je le trouve coquin et je l’aime... Je suis passé de déception à joie et amour... Mes émotions ont radicalement changé... Comment cela se fait-il? Examinons cela...

Tout à l’heure, je disais que ma déception (C) provenait de (A) la chambre à l’envers. Mais pourtant l’événement (A) n’a pas changé: la chambre est encore à l’envers. Alors que mon émotion (C), elle, a changé... Curieux... Qu’est-ce qui a changé? Mes pensées...

Car en fait, c’est ce que j’ai pensé (B) qui m’a donné mes émotions. Tout à l’heure, je me disais: "Il ne fait pas du tout attention, comme j’aimerais et comme il m’avait dit qu’il ferait... Mauvaise affaire... (C-Déception)" Et maintenant, je ne pense plus la même chose, je me dis: "Il m’a bien eu! (C-Joie) Mais pas comme il le pensait toutefois... (C-Surprise) S’il veut me faire une blague gentille, c’est qu’il m’aime, c’est bien intentionné... (C-Amour) Et puis il a un bon sens de l’initiative et de la mise en scène. (C-Estime) Il n’a pas fait les choses à moitié! (C-Amusement) Quel désordre! (C-Rire)... Mais sans doute que son sens de la mesure s’affinera avec l’expérience du ramassage..." (C-Calme, sérénité).

C’est donc ce que je pense, à l’occasion de ce que je perçois, qui détermine les émotions que je ressentirai...

Ainsi les cris de mon enfant ne m’effraient pas. C’est quand je pense qu’ils expriment un danger que je m’appeure (alors que ses cris pouvaient exprimer de la joie mêlée de surprise, par exemple...).

Si je pense que je ne sortirai pas de mon problème, je me sentirai découragé (même si en réalité le problème peut se régler facilement...)

Si je pense que c’est une bonne affaire d’avoir gagné le million, je me réjouirai. Et si je pense que je risque de me faire jouer ou exploiter, je ressentirai de la crainte...

L’ABC, un modèle bien connu...

Plusieurs émissions de radio ou de télé, comme "Surprise sur prise", sont basées sur ce principe. On sait que si la personne pense avec conviction (croit) que les événements qui lui arrivent sont vrais, ces pensées lui procureront des émotions correspondantes et l’amèneront à agir en conséquence...

Il semble que nous les humains trouvions drôle de voir "in vivo" une personne se formulant des pensées fausses (mais crues véridiques) et des émotions et comportements en conséquence (non pas appropriés et adaptés à la réalité mais inappropriés parce que issus d’une conception irréaliste de la réalité...)

 

L’importance des pensées.

Il ressort de ce que nous venons de voir que nos pensées ont un impact déterminant sur nos émotions et nos actions dès que nous les croyons vraies...

Ce point fondamental est à la fois une conclusion et un point de départ. Pour nous aider nous-même à avec nos émotions, c’est en définitive à nos pensées que nous aurons à nous adresser.

Et nous arrivons ici à la description d’un point capital de l’Approche Réaliste.

L’hypothèse proposée dans cette approche est la suivante: une vision réaliste des choses, des gens et de la vie sera adaptative au point de vue émotionnel et au point de vue des actions et des communications.

 

Trois sortes de pensées.

Nous avons vu plus haut que ce sont nos pensées à l’occasion des événements qui nous procurent nos émotions.

A partir de cette constatation, en observant attentivement les humains et ce qu’ils se disent, nous observons que nous pouvons distinguer trois types de pensées que nous pouvons avoir...

Nous pouvons penser et croire:

-des idées réalistes, vraies (dont le contenu correspond à une réalité observable et vérifiée). Exemples: je suis un être humain, je pense, je vis, je lis actuellement...

-des idées irréalistes, fausses (dont le contenu ne correspond pas à la réalité telle qu’on peut la percevoir). Exemples: on peut tout savoir, certaines personnes sont toujours bien adaptées aux circonstances...

-des idées incertaines, douteuses (dont le contenu est invérifiable, pour l’instant ou pour toujours). Exemples: il pleuvra demain à Montréal, cette pensée se révélera vraie ou fausse demain. Je serais plus heureux si mes parents avaient été plus riches, cette pesée sera toujours invérifiable.

 

Le processus de l’adéquation des pensées à la réalité.

Cependant que nos idées soient vraies, fausses ou douteuses, si nous les croyons vraies, elles nous donneront:

-des émotions qui, elles, seront toujours vraies!... Comme, aussi, seront vraies les actions que nous poserons en fonction de ces idées.

Or...

...Si nos idées sont réalistes et correspondent à la réalité, nos émotions et nos actions seront adaptées au réel et donc habituellement appropriées et efficaces.

...Par contre, si nos idées sont irréalistes, nos émotions et nos actions seront inadaptées au réel. Elles seront donc habituellement inappropriées et inefficaces.

...Et si nous donnons foi à des idées incertaines (dont le contenu est peut-être vrai ou peut-être faux), les émotions et les actions qu’elles susciteront chez nous pourront être adaptées au réel ou non, selon que l’idée s’avérera en définitive vraie ou fausse.

Comme nous le constatons, des pensées réalistes sont adaptatives alors que des pensées irréalistes sons non adaptatives.

De plus, l’observation de soi et des autres nous permet de constater que les émotions issues de pensées irréalistes sont non seulement inappropriées à la réalité, mais très souvent désagréables et puissantes...

Culpabilité, dévalorisation personnelle et hostilité sont toujours causées par des pensées irréalistes, aussi curieux que cela puisse sembler au départ....

D’un autre côté, notre anxiété, elle, se base presqu’exclusivement sur des idées irréalistes (comme on dit, nous "catastrophisons" facilement...).

La tristesse, quant à elle, se forme principalement à partir d’idées incertaines...

Et il en va de même pour les autres émotions négatives que nous ressentons.

 

Des émotions négatives et fortes...

Prenons deux exemples rapides. Si je me sens dévalorisé, "bon à rien", c’est que mes pensées sont irréalistes: je me vois irréalistement à la baisse... La réalité, c’est peut-être que j’ai fait une erreur, mais pas que je suis un bon à rien....

Ou si je ressens une peur panique avant un examen, c’est encore que je me formule des idées irréalistes. Dans ce cas, j’exagère sans doute les dangers et je fais d’un échec possible une catastrophe...

 

L’importance des idées réalistes.

Par ailleurs, l’observation de soi et des autres nous démontre également que les idées réalistes sont porteuses d’émotions appropriées et la plupart du temps agréables et modérées (comme la joie, l’amour, la sécurité personnelle, etc.).

Il sera donc de la première importance pour notre bien-être personnel de nous occuper à penser réalistement, à déloger de notre esprit les idées irréalistes qui nous procurent ces émotions négatives et inappropriées.

De la même façon, il sera avantageux pour nous d’entretenir des idées réalistes et adaptées pour en arriver à vivre en harmonie avec le monde et ceux qui nous entourent. Nos émotions seront alors appropriées au réel ainsi que nos actions et celles-ci auront beaucoup plus de chances de viser juste, d’être efficaces et d’ainsi nous apporter satisfaction.

 

L’adéquation des idées à la réalité: comment faire.

Il s’agira donc d’arriver à penser réalistement... Mais comment procéder?

Quand je sentirai une émotion négative, je me demanderai de quelle émotion il s’agit puis quelle est l’occasion de cette émotion et enfin ce que je me dis à cette occasion.

Puis une fois que j’aurai trouvé quelles sont mes pensées, je me demanderai si ce que je pense correspond réellement à la réalité et où sont les preuves de ce que j’avance.

Suite à cette comparaison entre vos pensées et la réalité, vous arriverez infailliblement à l’une des trois conclusions suivantes:

-Ou bien vos pensées sont irréalistes, fausses. Dans ce cas, vous aurez avantage à les remplacer par des idées vraies. Ce faisant, vos émotions désagréables et vos actions inefficaces, issues de ces idées irréalistes, seront remplacées par de nouvelles émotions et de nouvelles actions mieux adaptées, issues de vos nouvelles idées réalistes.

-Ou bien vos pensées sont incertaines, douteuses. Si vous constatez que vous ne pouvez déterminer si votre idée est vraie ou fausse, faute de pouvoir la vérifier, vous vous garderez de lui donner foi, de la croire vraie. Vous admettrez peut-être cette idée comme étant possible mais non pas certaine, ce qui en diminuera automatiquement l’impact émotif et comportemental.

Devant des idées incertaines mais possibles, il est parfois avantageux d’imaginer ce que nous pensons et de voir comment nous nous sentons en admettant que l’idée soit vraie ou fausse et de nous adapter à ces éventualités.

-Ou bien vos idées sont réalistes, vraies. Si vous constatez que vos idées sont réalistes et donc que votre trouble est fondé, vous pourrez essayer de modifier la réalité, d’agir pour influencer le cours des événements. Et si cela s’avère impossible, il vous restera à accepter la réalité, en évitant de l’amplifier par la catastrophisation.

 

Sur ces mots, je vous laisse et je vous reviens bientôt pour continuer notre voyage aux pays intérieurs...


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