"Être parent, un métier qui s'apprend"

par Pierre Bovo, Thérapeute


AIDER NOS JEUNES À SE MOTIVER FACE À L’ÉCOLE.


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AIDER NOS JEUNES À SE MOTIVER FACE À L’ÉCOLE.

La "Petite Balance", clé de la motivation.

Comme nous le savons, l’absence d’une motivation suffisante explique un grand nombre des échecs de nos jeunes. Ils ont le potentiel pour réussir mais ne sont pas motivés...

Comment expliquer cela et comment y remédier ?

Afin d’apporter des solutions à cette situation, il sera de la première importance de ne pas donner foi à une notion extrêmement répandue et tenace. Attention! Vous allez peut-être faire un saut... Mais n’arrêtez pas votre lecture là, lisez aussi mes explications!... Ce que je veux vous dire de si surprenant, c’est que les paresseux n’existent pas. Je m’explique.

Comme je le dis dans un "Proverbe-outil": "Quand on est, on reste." Par exemple, je suis un homme, et je resterai tel jusqu’à la fin. Si je suis aveugle, je reste aveugle; si je suis sourd, je reste sourd.

Voyons donc si quelqu’un peut vraiment être paresseux. Par exemple, un jeune me dit qu’il est paresseux pour faire ses devoirs. Très bien, je lui propose alors .50¢ s’il fait ses devoirs ce soir. Il me répond ( bien sûr! ) que ça ne l’intéresse pas. Et si je lui propose maintenant 50$ de "salaire" pour le même travail. Ah! Cette fois-ci il est d’accord!... (Et si je lui proposais 500$ ? Eh bien, il voudrait même commencer immédiatement et serait assez motivé pour me demander de lui-même de recommencer l’expérience!)

Que s’est-il passé ? Est-il raisonnable de croire que tout-à-l’heure il était paresseux et que maintenant il ne l’est plus? Douteux, n’est-ce pas? En effet, car s’il était ainsi fait , il le resterait... Par exemple, il est un garçon et même avec un million sur la table, il ne pourrait changer et réellement devenir une fille... "Garçon un jour, garçon toujours!" peut-on dire.

De la même manière s’il était paresseux, il le serait toujours, ( même avec un million sur la table!) Et on pourrait dire sans se tromper, "Paresseux un jour, paresseux toujours!"

Heureusement, tel n’est pas le cas.

Il est plus réaliste de comprendre qu’en fait, c’est la vision de son avantage qui a fait qu’il s’est alors motivé et qu’il a désiré faire ses devoirs.

Et il en est toujours ainsi. C’est comme si nous avions dans la tête une petite balance grâce à laquelle nous évaluons chacune des actions que nous pouvons faire, selon les avantages et les inconvénients que cette action nous apportera. Nous mettons d’un côté les "plus" et de l’autre les " moins".

Et plus l’action nous apparaîtra comme suivie d’avantages, plus nous désirerons la faire, plus nous serons motivés à poser cette action. Par contre, plus l’action nous apparaîtra comme suivie d’inconvénients, plus nous serons motivés à ne pas la faire.

Il ressort de cette réflexion que nous ne sommes pas "paresseux" ou "courageux"... Nous voyons un avantage à agir ou nous ne le voyons pas tout simplement. C’est ce qui explique notre motivation.

La conclusion que nous pouvons tirer de tout cela, c’est que la façon d’amener nos enfants à se motiver eux-mêmes face à leurs études sera d’arriver à leur faire voir assez d’avantages dans leurs études.

La première démarche pourra être de leur expliquer qu’ils ne sont pas paresseux mais plutôt qu’ils ne voient pas d’avantages suffisants à étudier. De cette façon , les jeunes se sentiront compris et non blâmés. Ils seront donc moins occupés à se défendre et plus prêts à échanger sur les "plus" et les "moins" des études, ce qui est le coeur de la démarche de la motivation.

Voyons maintenant quels sont ces "plus" et ces "moins" autour de l’école. Ainsi que des procédures de communication à employer pour recevoir le ou la jeune et maintenir une communication constructive avec lui ou elle.

Face à l’école: quoi mettre dans la "Petite Balance."

Nous venons de voir que personne n’est "paresseux" mais plutôt que chacun peut se motiver à agir ou à ne pas agir, selon qu’il voit des avantages ou des inconvénients à poser telle ou telle action. Donc, si un jeune voit assez d’avantages à réussir à l’école (si sa "balance intérieure" penche vers les "plus"), il désirera réussir. Et c’est finalement la méthode à employer , comme avec tous les humains d’ailleurs, pour les amener à se motiver eux-mêmes: leur faire voir leurs avantages à agir.

"Mais quels avantages les jeunes peuvent-ils voir à fréquenter l’école?" Me direz-vous....

Discutons de cette question épineuse...

Tout d’abord, quand nous parlons des "pour" et des "contre" de l’école avec un jeune, si nous désirons qu’il soit positif et réceptif face à notre point de vue, il sera essentiel que nous le soyons aussi face au sien ... Il s’agira pour nous d’employer ce que j’ai nommé la "Méthode du bol et de la perle". C’est- à-dire de s’ingénier à trouver des "perles", des points qui ont de l’allure, du positif, du "valable" dans ce que nous exprimera le jeune.

Nous accueillerons positivement ses points de vue négatifs concernant les études: avec approbation, en prenant soin de tomber d’accord avec lui sur certains points et de comprendre et d’accepter ses sentiments négatifs le plus souvent possible, tout en restant réaliste. S’il dit que les devoirs sont longs: nous serons d’accord là-dessus. Qu’il ne peut pas beaucoup sortir: encore d’accord. Que c’est "plate" l’école: en effet c’est parfois plate... Que les connaissances acquises parfois ne servent à rien dans la vie: c’est bien vrai aussi de temps à autre...

En un mot , si je l’accueille et si je sais le comprendre et le valider, je pourrai être accueilli par lui ou elle.

Parallèlement à l’accueil de l’enfant et à l’attention portée à le valider, à trouver des "perles négatives" dans les "contre" des études, dans ce qu’il dit, je discuterai aussi des "pour" que présentent des études réussies. A ce chapitre, il y a: les amis, les activités para-scolaires, les récréations(!). C’est ce qu’expriment les jeunes le plus souvent. Mais à ces points, il sera indiqué de rajouter deux points très importants. C’est-à-dire que les études nous donnent:

  1. la possibilité de décrocher un emploi satisfaisant et épanouissant pour soi-même; de plus, des études réussies nous permettent généralement,
  2. d’avoir un emploi plus rémunérateur (et donc plus de confort matériel et de ces petites "gâteries" qui, sans être nécessaires, agrémentent considérablement notre vie de tous les jours (maison, auto, vidéo, voyages, vacances, etc.).

Mon expérience auprès des jeunes m’a appris que ces deux éléments sont très efficaces pour les motiver.

Cependant, il s’agit de bien savoir les discuter et de bien faire ressortir les arguments motivants.

Comme je dis aux étudiants dans les ateliers que j’anime: "C’est un pensez-y bien... Étant donné que tu travailleras pour environ quarante ans à partir de la fin de tes études, si tu aimes ton travail, la vie sera plus agréable pour toi... Cela ressemblera plus à des "vacances pour la vie" que si tu fais un travail que tu n’aimes pas et que tu trouves non épanouissant... Il vaut mieux que tu recherches ce qui t’intéresse et que tu te diriges de ce côté plutôt que de tout laisser aller ou d’abandonner tes études. Si tu vas vers ce qui te plaît, le chemin sera moins difficile...

"Par ailleurs, comme tu veux vivre à l’aise et confortablement, pense bien à ceci : en quittant les études tôt, tu travailleras à un faible salaire. Et si tu travailles à 7$ l ’heure, il faudra 10 heures pour faire le salaire que celui qui travaille à 70$ l’heure fait en 1 heure!... "Effrayant", n’est-ce pas?

"A bien y réfléchir, il vaut mieux investir quelques années d’efforts maintenant (alors que tu as peu de responsabilités) puis en cueillir les fruits pendant des dizaines d’années après, plutôt que de perdre quelques années maintenant et de trimer dur pour le restant de ta vie...

"Si tu travailles maintenant à l’école , tu auras bientôt de l’argent... Et du temps pour le dépenser! Car tu pourras travailler de moins longues heures et en même temps bien gagner ta vie. Mais si tu ne travailles pas maintenant, bientôt il te faudra travailler de longues heures pour gagner peu et il ne te restera alors plus de temps libre pour prendre du bon temps et dépenser un peu de ton argent (que de toute façon tu n’auras même pas...)

"Et en plus, le temps que tu passeras à l’école sera plus agréable et aussi plus facile si tu apprends à réussir. On fait un plus beau voyage dans un bateau qui n’est pas toujours sur le point de couler..." Ce dernier point concerne des avantages plus immédiats que ceux à long terme dont nous avons parlé jusqu’à présent.

Tels sont donc quelques éléments de réflexion que nous pouvons proposer à nos jeunes pour les aider à se motiver.

 

Face à l’école: récompenses matérielles ou pas?

Bien que la vision positive et à long terme de l’école soit primordiale et pratiquement nécessaire pour que l’enfant reste suffisamment motivé et qu’il désire poursuivre ses études, il s’avèrera aussi très approprié d’employer des stratégies plus immédiates pour stimuler la motivation de notre jeune face à l’école.

Les stratégies à court terme.

La première stratégie sera sans doute de remarquer et de souligner tout comportement efficace face à l’école. Dès que vous voyez une action efficace, vous pouvez exprimer votre joie et vos sentiments positifs sans attendre que beaucoup de comportements soient efficaces.

En effet, le renforcement positif favorise la répétition des actions renforcées. Et de plus, recevoir un compliment sincère et "mérité" aide l’enfant à augmenter le bien-être avec lui-même, la confiance en ses propres capacités et par là favorise son désir d’accomplir des actions. De plus, si vous faites des renforcements positifs sincères, votre enfant vous aimera davantage et désirera plus être en votre présence.

Dans l’ensemble, il sera donc très utile de prendre l’habitude de faire des compliments sincères à vos enfants (et à tout le monde en général), et ce, même sur des points qui n’ont rien à voir avec l’école.

En plus de ces attitudes chaleureuses et constructives, une seconde stratégie, probablement plus efficace pour stimuler la motivation d’un étudiant sera de lui proposer des conséquences plus immédiates suite à ses actions autour de l’école.

Dans ce but, je pourrai observer à quoi s’intéresse mon enfant et chercher ce qui pourrait être un stimulant efficace pour son action. Ensuite, je me servirai de ces champs d’intérêt pour trouver ce qui pourrait le motiver à agir et j’échangerai avec lui des "conséquences" qu’il désire, contre des comportements plus efficaces au niveau scolaire.

Un mot au sujet des "récompenses" matérielles, qui seront plutôt présentées en termes de conséquences que l’enfant s’aménage lui-même... Ces dernières seront plus "motivantes" pour l’étudiant si sa vision de l’avantage à long terme des études est claire pour lui. En effet travailler à ses leçons et devoirs deviendra ainsi doublement "payant" représentant des bénéfices à long terme mais aussi à court terme. De plus, si sa vision des études n’est pas constructive, il percevra souvent ces démarches de renforcement immédiat comme des manipulations coercitives et refusera de "céder à cette tactique" selon lui négative. Ajoutons enfin que plus ces renforcements seront proches dans le temps, plus ils seront efficaces.

Quelques exemples: il aime le ski; au lieu de lui donner une paire de skis, je pourrais "échanger" chaque heure de travail scolaire à la maison contre une fraction du prix des skis, comme 5$. (On peut penser à la même chose pour une bicyclette, un "skate-board", un vêtement spécial, une sortie, un voyage, un instrument de musique, un cours de théâtre, de karaté, etc...)

Loin de nuire à l’intérêt du jeune pour les études, cette technique de "l’échange de bons procédés" lui permettra au contraire de se concentrer davantage et avec plus de sérieux et de plaisir sur ses travaux scolaires, d’obtenir de meilleurs succès et ainsi favorisera une plus grande motivation et implication à l’école. Ces succès et le plaisir qu’ils lui procurent deviendront des éléments motivants pour l’amener à continuer à travailler et remplaceront progressivement les conséquences externes que je mets en place pour favoriser sa motivation.

Personnellement, dans notre famille, mon fils gagne sa "paye" en échange de ses heures de travail scolaire à la maison. Cela lui convient beaucoup (à nous aussi) et ses notes sont excellentes! Et d’autre part, cela lui apprend la valeur de l’argent et lui permet de gérer un budget!

Il m’arrive souvent de travailler avec des parents et de les aider à mettre en place un tel échange de bons procédés. Car si le principe est très simple, il reste que parfois son application peut se révéler délicate à faire. En effet, comme je le mentionnais plus haut, le ou la jeune peut interpréter cet échange comme de la manipulation et du chantage et alors résister et refuser le marché. Il s’agira donc de savoir lui présenter la démarche de telle sorte qu’il ou elle la voie de façon constructive. Car, comme je le dis poétiquement (!): "Les peuples résistent jusqu’à la mort aux dictateurs et les enfants feront de même, j’en ai bien peur!..."

 

L’importance de penser réalistement pour "bien fonctionner", à l’école et dans la vie.

En plus de ces stratégies, il va sans dire qu’il sera de la première importance de permettre à notre jeune de développer un système de pensées réalistes et adaptatives, sources d’émotions agréables et d’actions appropriées. Il sera également très utile qu’il ou elle s’équipe de façons efficaces de s’y prendre pour devenir plus efficace et plus performant(e) dans ses devoirs, ses leçons, ses travaux et ses examens. Ces points seront les sujets de prochains articles.

Sur ces mots, je vous laisse en souhaitant que vous saurez tirer parti de ces réflexions pour aider nos jeunes à mieux se préparer un avenir qui leur soit agréable, épanouissant et confortable et à mieux vivre leurs études actuelles qui peuvent être, finalement, un passage de leur vie vécu fort agréablement.

Portez-vous bien et je vous retrouve dans deux semaines.


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